Au dieu de bois

A. Cuvelier

O Vénérable Priapos, dieu de bois que j'ai fait sceller

dans le marbre du bord de mes bains,

ce n'est pas sans raison, gardien des vergers,

que tu veilles ici sur des courtisanes.

Dieu, nous ne t'avons pas acheté

pour te sacrifier nos virginités.

Nul ne peut donner ce qu'il n'a plus,

et les zélatrices de Pallas

ne courent pas les rues d'Amathonte.

Non. Tu veillais autrefois

sur les chevelures des arbres,

sur les fleurs bien arrosées,

sur les fruits lourds et savoureux.

C'est pourquoi nous t'avons choisi.

Garde aujourd'hui nos têtes blondes,

les pavots ouverts de nos lèvres

et les violettes de nos yeux.

Garde les fruits durs de nos seins

et donne-nous des amants qui te ressemblent.