La chapelle sonnait encore

A. Dupuis

La chapelle sonnait encore. Et chaque coup

de cloche, comme un martinet dans le beau temps,

s'élançait du battant, demeurait un instant

suspendue, décrivait un cercle lent et doux

et revenait percher sa note sur son nid

qu'ourlait un bleu céleste un peu mêlé de gris.

C'était l'enterrement d'une vieille paysanne,

decelles qui ont mené l'existence d'esclave.

On posa le cercueil sous le porche, un moment,

où des pigeons vinrent familièrement,

comme s'ils eussent cru que la morte sereine

allât se réveiller pour leur jeter des graines.

Le poète, assistant à la messe, sentait

l'illumination de Dieu dissiper l'ombre

balayée par le vol de ces saintes colombes.

Ici, le chant funèbre après soi ne laissait

qu'un grand silence ardent où l'âme s'élevait

dans une calme joie de tâche terminée

faite du hosanna du déclin des journées.

Et lorsque le cercueil dans le clair cimetière

eût été recouvert, par les paysans, de terre,

ceux-ci, marquant la fin de l'œuvre solennelle,

formèrent sur la fosse un faisceau de leurs pelles.