Le Retour

A. Nathan

A l'aube, pour cueillir les premières fleurs,

j'avais pénétré dans le jardin assoupi.

Et le Printemps entra dans ma demeure.

Comme des lèvres, les corolles s'ouvrirent.

Elles chantèrent:

« Elle revient, ta bien-aimée!

Quand nous n'étions, dans les nuits claires,

que des bourgeons cinglés de bise,

nous le savions, déjà.

Les larmes d'or des étoiles ont fléchi le Destin.

« Elle revient, ta bien-aimée!

A nous souvenir de sa grâce,

nous ne nous aperçûmes pas de l'hiver.

« Pour elle, nos tiges saignent dans les vases,

et, joyeusement, nous nous fermerons pour mourir,

lorsqu'elle nous aura reconnues et respirées.

« Nous ne regrettons pas le soleil,

car nous recevrons l'ardente caresse de ses yeux.

Nous ne regrettons pas les vents chargés d'arômes,

car son haleine nous effleurera. »

Si pâle, elle entra dans ma demeure!

Nous nous taisions.

Pourtant, nos âmes s'interrogeaient et se répondaient.

Accoudés sur la fenêtre,

au crépuscule de ce jour désiré,

nous pensâmes à ce que nous devions souffrir encore.