La Semence
A. Nepomuceno
Torturé par l'espoir, qui survit à lui même,
Le semeur entendit quelqu'un lui dire: Sème!
L'air se trouble, le ciel se voile, le vent vole,
La poussière bondit, les feuilles caracolent.
Et sur le sillon noir, aux lèvres échancrées,
Descend du tourbillon la semence dorée.
Le caprice divin l'a pensé... De ses yeux
Le semeur croit saisir la volonté des cieux...
Son orgueil disparaît et sa colère, vaine,
Se calme, en contemplant la minuscule graine.
Il voit venir sa fin, plus fatale et plus proche,
Il s'oublie un moment pour penser à ses proches.
Il sent son cœur parler et ses lèvres se taire...
Et la semence est là qui perle sur la terre.
Il la prend et la pose entombant à genoux
Comme dans un écrin l'on mettrait un bijou;
La berce de son chant et de ses pleurs l'arrose,
Elle germe... et se fait l'arbre... et l'arbre grandit...
Pour ombrager le vieux, qui rayonnant repose,
Ayant pu par son âme atteindre l'Infini.