Aubade

A. Raynaud

-- «Je sonne, Marguerite,

Cette aubade pour toi.

Le tambourin palpite;

Ma mie, écoute-moi.»

-- «L'aubade m'est connue!

C'est toujours le même air!...

Si cela continue,

Je me jette à la mer!»

-- «Si ma belle sauvage

Croit m'échapper ainsi,

Je me jette à la nage,

Je la ramène ici!»

-- «Tu crois tenir la fille,

Mon beau nageur, mais vois:

Je me suis faite anguille!

Je glisse entre tes doigts!»

-- «Anguille, qui t'empêche!

Glisse aux doigts du nageur;

Mais le pêcheur te pêche,

Et c'est moi le pêcheur!»

-- «Alors je suis l'eau vive

Dans ce jardin si beau.»

-- «Et moi je suis la rive

Ou le lit du ruisseau!»

-- «Alors, rose vermeille,

Je fleuris au jardin.»

-- «Je serai donc l'abeille,

Pour dormir sur ton sein!»

-- «Eh bien, je suis étoile!»

-- «Et moi,... nuage aux cieux,

Je flotte comme un voile

Sur ta bouche et tes yeux. »

-- «Si tu t'es fait nuage,

Me voici maintenant

La nonne la plus sage

Enfermée au couvent!»

-- «Oh! va, tu peux te mettre

Dans le couvent sacré:

Je me ferai le prêtre...

Je te confesserai!»

-- «Sois le prêtre, qu'importe!

Vois-tu pâlir mon front?

Je suis la pauvre morte...

Les nonnes pleureront.»

-- «Morte, il faudra te taire!...

Les nonnes ont pleuré,...

Mais moi, je suis la terre

Et -- morte -- je t'aurai!»

-- «...Ton aubade me touche;

Je veux ce que tu veux...

Tiens donc, baise ma bouche,

Et sois mon amoureux!»