Cantique
A. Rostand
L'aube vient sur la colline
Semer sa plus belle fleur,
La montagne s'illumine
Et la terre chante en chœur:
Et moi, dont l'âme blessée
S'égarait aux bois touffus,
Où s'en ira ma pensée,
Si ce n'est à vous, Jésus?
On dirait, tant le jour pose
Un pied craintif et douteux,
Qu'une immense et pâle rose
S'est épanouie aux cieux:
La forêt semble oppressée
Et les flots sont tout émus:
Où s'en ira ma pensée,
Si ce n'est à vous, Jésus?
Que l'aurore soit bénie;
Saluez, ô chastes cœurs,
La lumière et l'harmonie,
Ces deux enivrantes sœurs.
Mélez votre hymne empressée
A tous ces soupirs confus:
Où s'en ira ma pensée
Si ce n'est à vous, Jésus?
L'harmonie est la parole
Que vous semâtes un jour;
La lumière pure et molle
Est un sourire d'amour.
Reprends donc, âme blessée,
Tes concerts interrompus:
Où s'en ira ma pensée,
Si ce n'est à vous, Jésus?
Ah! quand mon âme ravie
Atteindra son seul espoir,
Quand le soleil de la vie
Aura fléchi vers le soir,
Quand ma voix sera glacée,
Quand mes yeux ne verront plus,
Où se fondra ma pensée,
Si ce n'est en vous, Jésus?