La statue de bronze

A. Satie

La grenouille

Du jeu de tonneau

S'ennuie, le soir, sous la tonnelle...

Elle en a assez!

D'être la statue

Qui hurle en silence un grand mot: Le Mot!

Elle aimerait mieux être avec les autres

Qui font des bulles de musique

Avec le savon de la lune

Au bord du lavoir mordoré

Qu'on voit, là-bas, luire entre les branches...

On lui lance à coeur de journée

Une pâture de pistoles

Qui la traversent sans lui profiter

Et s'en vont sonner

Dans les cabinets

De son piédestal numéroté!

Et le soir, les insectes couchent

Dans sa bouche...

Mais elle est rivée à la tribune,

Ouverte à l'amour, ouverte au davier,

Vers la lune qui souffre, au tournant du sentier,

D'une indigestion d'ouate thermogène...

Au loin un follet cherche quelque chose

Qu'il a perdu dans les roseaux

Et réveille au fond de la mare close

L'hydrophile noir dans son château d'eau...

Mon enfance triste, à l'affût des charmes,

Le soir allait te voir bayer,

Prête à t'écouter, au bord de tes larmes,

Gobeuse de temps couverts, et de blâmes,

Comme moi, poète, dans mon verger...