Les cerises !
A. von Lindheim
I
Vous souvient-il un peu de ce que vous disiez,
Mignonne, au temps des cerisiers?
Ce qui tombait du bout de votre lèvre rose,
Ce que vous me chantiez, ô mon doux bengali!
Vous l'avez oublié, c'était si peu de chose,
Et pourtant c'était bien joli...
Mais moi je me souviens (et n'en soyez surprise),
Je me souviens pour vous de ce que vous disiez.
Vous disiez (à quoi bon rougir?)... donc vous disiez...
Que vous aimiez fort la cerise,
La cerise et les cerisiers.
Vous ne le dites plus, tout ce que vous disiez,
Mignonne, au temps des cerisiers.
II
Vous souvient-il un peu de ce que vous faisiez,
Mignonne, au temps des cerisiers?
Plus grands sont les amours, plus courte est la mémoire;
Vous l'avez oublié, nous en sommes tous là;
Le cœur le plus aimant n'est qu'une vaste armoire...
On fait deux tours, et puis voilà.
Mais moi je me souviens (et n'en soyez surprise),
Je me souviens pour vous de ce que vous faisiez...
Vous faisiez (à quoi bon rougir?)... donc vous faisiez...
Des boucles d'oreille en cerise,
En cerise de cerisiers.
Vous ne le faites plus, tout ce que vous faisiez,
Mignonne, au temps des cerisiers!
III
Vous souvient-il d'un soir où vous vous reposiez,
Mignonne, sous les cerisiers?
Seule dans ton repos! seule, ô femme, ô nature!
De l'ombre, du silence, et toi... quel souvenir!
Vous l'avez oublié, maudite créature,
Moi je ne puis y parvenir.
Voyez, je me souviens (et n'en soyez surprise),
Je me souviens du soir où vous vous reposiez...
Vous reposiez (pourquoi rougir?), vous reposiez...
Je vous pris pour une cerise;
C'était la faute aux cerisiers.
Vous ne reposez plus comme vous reposiez,
Mignonne, au temps des cerisiers.