Le Sentier

B. Godard

Le jour allait finir, et la brise nouvelle

Agitait sur nos fronts les fleurs de l'églantier;

Tout reposait au loin, j'étais seul avec elle

Et je côtoyais le sentier.

Effleurant quelquefois son front pur et modeste,

Le saule la couvrait de rameaux éplorés;

Et le soleil mourant, comme un rayon céleste.

Tombait sur ses traits adorés.

Muets, nous descendions la route solitaire,

Nos pas seuls réveillaient les échos de ces lieux;

Loin de nous expiraient tous les bruits de la terre,

Et je rêvais d'elle et des cieux!

Alors, un char parut, venant de la prairie,

Derrière lui marchaient de nombreux moissonneurs,

Il portait du vallon la verdure flétrie

Et les débris des jeunes fleurs.

Ainsi qu'une guirlande, au loin, l'herbe séchée

S'arrêtait, près de nous, au flexible églantier,

Et, par le vent du soir, des rameaux détachée

Voltigeait dans l'étroit sentier.

Quelquefois, au travers de la route fleurie,

Un oiseau paraissait sous les feuillages verts,

Et, chargé d'un débris de cette herbe flétrie,

Joyeux s'élevait dans les airs.

Et moi, je me disais: « L'homme avare et sauvage

Contemple sans pitié son frère qui gémit,

Et pour la tourterelle il sème à son passage

De quoi lui composer son nid.

« Aussi du faible oiseau la vie est courte et douce,

Dieu veille sur ses jours, et dans son bois chéri

Il trouvera toujours une couche de mousse,

Une feuille pour son abri. »

Je disais; mais sa main sur mes lèvres posée

Vint éteindre ma plainte; et son souris charmant,

Comme une fleur qui brille à travers la rosée,

Sous des pleurs parut plus touchant.

« Pourquoi, jeune insensé, ce coupable murmure?

Dit-elle (et son regard brillait du plus doux feu);

Le Dieu qui pour l'oiseau trouve un toit de verdure

N'est-il donc pas aussi ton Dieu?

« Vois-tu le rossignol, lorsque sous la tempête

L'ombrage de ses bois tombe et va se flétrir,

Demander quel rameau protégera sa tête

Et si l'été doit revenir?

« Tranquille, il reste encor sur la branche effeuillée,

Et là, seul, attendant le soleil des hivers,

Lorsqu'un påle rayon brille dans la vallée,

Heureux il reprend ses concerts.

« Poëte, comme lui, laisse à la Providence

Le soin de ramener et la nuit et le jour.

Attends et chante!... un Dieu t'a donné l'espérance!...

Et moi, je t'ai donné l'amour! »