Le pêcheur

Berlioz, Hector

L'onde frémit, l'onde s'agite;

Au bord est un jeune pêcheur.

De ce beau lac le charme excite

Dans l'âme une molle langueur.

À peine il voit, à peine il guide

Sa ligne errante sur les flots.

Tout à coup sur le lac limpide

S'élève la nymphe des eaux.

Elle disait d'une voix tendre,

D'une voix tendre elle chantait,

Et, sans songer à se défendre,

Le jeune pêcheur écoutait:

"Si tu savais la douce vie

Des sujets heureux sous ma loi,

Leur destin te ferait envie;

Tu voudrais vivre auprès de moi.

Du beau soleil vois la lumière

Descendre dans mes flots d'azur;

Vois dans mes flots Phœbé se plaire

Et briller d'un éclat plus pur.

Vois comme le ciel sans nuage

Dans les vagues paraît plus beau;

Vois! Vois! Vois enfin, vois ta propre image

Qui te sourit du fond de l'eau!"

L'onde frémit, l'onde s'agite,

Vient mouiller les pieds du pêcheur;

Il entend la voix qui l'invite,

Il cède à son charme trompeur.

Elle disait d'une voix tendre,

D'une voix tendre elle chantait;

Sans le vouloir, sans se défendre,

Il suit la nymphe, il disparaît.