Septième Mouvement

Berlioz, Hector

Final: La foule accourt au cimetière -- Rixe des

Capulets et des Montagus -- Récitatif et Air

du Père Laurence -- Serment de réconciliation

CHŒUR DES MONTAGUS

Quoi! Roméo de retour! Roméo!

Pour Juliette il s'enferme au tombeau

Des Capulets que sa famille abhorre!

Ah! malédiction sur eux!

Roméo! Ciel! Morts, tous les deux!

Et leur sang fume encore!

Ah! quel mystère affreux!

CHŒUR DES CAPULETS

Quoi! Roméo de retour! Roméo!

Des Montagus ont brisé le tombeau

De Juliette, expirée à l'aurore!

Ah! malédiction sur eux!

Juliette! Ciel! Morts, tous les deux!

Et leur sang fume encore!

Ah! quel mystère affreux!

Récitatif

LE PÈRE LAURENCE

Je vais dévoiler le mystère:

Ce cadavre, c'était l'époux

De Juliette! -- Voyez-vous

Ce corps étendu sur la terre?

C'était la femme, hélas! de Roméo! -- C'est moi

Qui les ai mariés!

LES DEUX CHŒURS

Mariés!

LE PÈRE LAURENCE

Oui, je dois

L'avouer. -- J'y voyais le gage salutaire

D'une amitié future entre vos deux maisons...

LES DEUX CHŒURS

Amis des Montagus/Capulets, nous!... Nous les maudissons!

LE PÈRE LAURENCE

Mais vous avez repris la guerre de famille!

Pour fuir un autre hymen, la malheureuse fille,

Au désespoir, vint me trouver:

»Vous seul, s'écria-t-elle, auriez pu me sauver!

Je n'ai plus qu'à mourir!« -- Dans ce péril extrême,

Je lui fis prendre, afin de conjurer le sort,

Un breuvage qui, le soir même,

Lui prêta la pâleur et le froid de la mort.

LES DEUX CHŒURS

Un breuvage!

LE PÈRE LAURENCE

Et je venais sans crainte

Ici la secourir.

Mais Roméo, trompé, dans la funèbre enceinte

M'avait devancé pour mourir

Sur le corps de sa bien-aimée;

Et, presqu'à son réveil, Juliette, informée

De cette mort qu'il porte en son sein dévasté,

Du fer de Roméo s'était contre elle armée,

Et passait dans l'éternité

Quand j'ai paru! -- Voilà toute la vérité!

LES VIEILLARDS CAPULETS ET MONTAGUS

(avec consternation)

Mariés!

Air

LE PÈRE LAURENCE

Pauvres enfants que je pleure,

Tombés ensemble avant l'heure,

Sur votre sombre demeure

Viendra pleurer l'avenir!

Grande par vous dans l'histoire,

Vérone, un jour, sans y croire,

Aura sa peine et sa gloire

Dans votre seul souvenir!

Où sont-ils maintenant ces ennemis farouches,

Capulets, Montagus! Venez, voyez, touchez...

La haine dans vos cœurs, l'injure dans vos bouches,

Des ces pâles amants, barbares, approchez!

Dieu vous punit dans vos tendresses,

Ses châtiments, ses foudres vengeresses,

Ont le secret de nos terreurs!

Entendez-vous sa voix qui tonne:

»Pour que là-haut ma vengeance pardonne,

Oubliez vos propres fureurs!«

Rixe des Capulets et des Montagus

CHŒUR DES CAPULETS

Mais notre sang rougit leur glaive!

CHŒUR DES MONTAGUS

Le nôtre aussi contre eux s'élève.

LES CAPULETS

Ils ont tué Tybalt!

LES MONTAGUS

Qui tua Mercutio?

LES CAPULETS

Et Pâris donc?

LES MONTAGUS

Et Benvolio?

LES CAPULETS

Perfides! point de paix!

LES MONTAGUS

Non, lâches, point de trêve!

LES DEUX CHŒURS

Non, non, non, non!

Invocation du Père Laurence

LE PÈRE LAURENCE

(avec indignation)

Silence! malheureux! pouvez-vous sans remords,

Devant un tel amour étaler tant de haine?

Faut-il que votre rage en ces lieux se déchaîne,

Rallumée aux flambeaux des morts?

Grand Dieu qui vois au fond de l'âme,

Tu sais si mes vœux étaient purs!

Grand Dieu! d'un rayon de ta flamme

Touche ces cœurs sombres et durs!

Et que ton souffle tutélaire,

A ma voix sur eux se levant,

Chasse et dissipe leur colère,

Comme la paille au gré du vent!

CHŒURS DES MONTAGUS

Ô Juliette, douce fleur,

Dans ces moments suprêmes

Les Montagus sont prêts eux-mêmes

A s'attendrir sur ton destin.

CHŒURS DES CAPULETS

Ô Roméo, jeune astre éteint,

Dans ces moments suprêmes

Les Capulets sont prêts eux-mêmes

A s'attendrir sur ton destin.

LES DEUX CHŒURS

Dieu! quel prodige étrange!

Plus d'horreur, plus de fiel!

Mais des larmes du ciel!

Toute notre âme change!

Serment

LE PÈRE LAURENCE

Jurez donc, par l'auguste symbole,

Sur le corps de la fille et sur le corps du fils,

Par ce bois douloureux qui console,

Jurez tous, jurez par le saint crucifix,

De sceller entre vous une chaîne éternelle

De tendre charité, d'amitié fraternelle;

Et Dieu, qui tient en main le futur jugement,

Au livre du pardon inscrira ce serment!

PETIT CHŒUR DU PROLOGUE

ET LE PÈRE LAURENCE

Jurez tous, par l'auguste symbole,

Sur le corps de la fille et sur le corps du fils,

Par ce bois douloureux qui console,

Jurez tous par le saint crucifix,

De sceller entre vous une chaîne éternelle

De tendre charité, d'amitié fraternelle;

Et Dieu, qui tient en main le futur jugement,

Au livre du pardon inscrira ce serment!

Vous jurez tous d'éteindre enfin tous vos ressentiments.

Amis!... Ah!

LES DEUX CHŒURS

Nous jurons, par l'auguste symbole,

Sur le corps de la fille et sur le corps du fils,

Par ce bois douloureux qui console,

Nous jurons tous par le saint crucifix,

De sceller entre nous une chaîne éternelle

De tendre charité, d'amitié fraternelle;

Et Dieu, qui tient en main le futur jugement,

Au livre du pardon inscrira ce serment!

Nous jurons tous d'éteindre enfin tous nos ressentiments.

Amis!... pour toujours!