Le retour

Bizet, Georges

Le Soldat

Ouvre vite, enfant qui reposes!

La Jeune Fille

Ah! qui frappe à mes vitres closes?

Le Soldat

Un soldat qui vient des combats.

La Jeune Fille

Comment vous nommez-vous?

Le Soldat

Tu ne me connais pas.

La Jeune Fille

Parlez, hélas! j'ai peur!

Le Soldat

Ecoute, ô jeune fille!

Et n'attends plus ton fiancé.

Reprends avec ta foi cet anneau d'or qui brille,

A la guerre il est trépassé!

La Jeune Fille

O Dieu quelle douleur affreuse!

Que n'ai-je pu succomber avec lui!

A jamais la triste amoureuse

Portera le deuil d'aujourd'hui!

Le Soldat

Viens, entends et sèche tes larmes,

Sur cette terre il est plus d'un bonheur;

Après l'hiver et les sombres alarmes

Viennent l'avril et l'espérance en fleurs.

La Jeune Fille

Je n'ai que la mort dans le cœur!

Le Soldat

Aux grands bois tout chante et soupire,

Se cherche, s'unit, ou s'attire,

Le ruisseau mèle son doux rire

Au soupir lointain de la mer.

Vois déjà sur les tombes closes

Fleurir la jeunesse des roses.

Bannis donc les regrets moroses,

Aime encor, il est doux d'aimer!

La Jeune Fille

Il tenait mon âme et ma vie,

A son bras je marchais ravie,

Et ma tendresse inassouvie

Le suit au-delà du trépas!

Les portes du bonheur sont closes!

Je veux pleurer malgré les roses!

Les édens sont noirs et moroses

Si l'amour ne s'y trouve pas!

Le Soldat

L'amour? oui, c'est l'amour par qui tu revivras!

C'est moi, ton fiancé qui te tend ses deux bras!

La Jeune Fille

O ciel clément! sous trop de bonheur je succombe!

C'est lui, c'est mon amant que je retrouve encor!

Adieu le deuil! Adieu le désir de la tombe!

Oui, c'est le doux printemps, oui, c'est le soleil d'or!

Les Deux

Oui, l'amour avec ses ivresses,

Tendre orgueil, infini désir,

Longs soupirs et pures caresses

Vient m'étreindre et nous réunir.