Aube
Britten, Benjamin
J'ai embrassé l'aube d'été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L'eau
était morte. Les camps d'ombres ne quittaient pas
la route du bois. J'ai marché, réveillant les haleines
vives et tièdes, et les pierreries regardèrent,
et les ailes se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà
empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui
me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s'échevela à travers
les sapins: à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors, je levai un à un les voiles. Dans l'allée, en
agitant les bras. Par la plaine, où je l'ai dénoncée
au coq. A la grand'ville elle fuyait parmi les clochers
et les dômes, et courant comme un mendiant sur les
quais de marbre, je la chassais.
En haut de la route, près d'un bois de lauriers, je
l'ai entourée avec ses voiles amassés, et j'ai senti
un peu son immense corps. L'aube et l'enfant tombèrent
au bas du bois.
Au réveil il était midi.