Sous ce ciel d’hiver
C. Durey
Sous ce ciel d'hiver
Mon cœur est couvert
Comme d'un linceul immense!
Le jour va finir;
Et mon avenir
Est une mort qui commence!
Encore un instant
Que j'aille en chantant
Cette volupté de vivre
Ce bonheur passé
Si vite effacé
Dont ma mémoire s'enivre.
Radieux matins
Des pays lointains;
Chaudes nuits, nuits affolées;
Caresses d'amant
Dans l'enchantement
Des tropicales vallées;
Vous que j'ai goûtés,
Parfums et clartés,
Que ne puis-je vous poursuivre!
Et dans l'inconnu,
Qu'es-tu devenu
Bien-aimé, qui m'a fait vivre?
Tout cela qui fut
Par ce soir diffus
N'est plus qu'un peu de mirage!
Et l'esprit songeur,
Comme un voyageur
Qui voit la fin du voyage
Je t'appelle, ô Mort!
Viens! Viens, sans remords
Sans regrets, viens et délivre
Celle qui se sent
Dans le froid glaçant
Lasse, si lasse de vivre!