Le Bon Gîte
C. Erlanger
« Bonne vieille, que fais-tu là?
Il fait assez chaud sans cela;
Tu peux laisser tomber la flamme,
Ménage ton bois, pauvre femme,
Je suis séché, je n'ai plus froid. »
Mais elle qui ne veut m'entendre
Jette un fagot, range la cendre.
« Chauffe-toi, soldat, chauffe-toi! »
« Bonne vieille, je n'ai pas faim,
Garde ton jambon et ton vin.
J'ai mangé la soupe à l'étape.
Veux-tu bien m'ôter cette nappe,
C'est trop bon et trop beau pour moi. »
Mais elle qui n'en veux rien faire,
Taille mon pan, rmplit mon verre:
« Refais-toi, soldat, refais-toi! »
« Bonne vieille, pour qui ces draps!
Par ma foi, tu n'y penses pas!
Et ton étable et cette paille,
Où l'on fait son lit à sa taille!
Je dormirai là comme un roi. »
Mais elle qui n'en veut démordre,
Place les draps, met tout en ordre.
« Couche-toi, soldat, couche-toi! »
Le jour vient, le départ aussi.
« Allons, adieu, mais qu'est ceci?
Mon sac est plus lourd que la veille.
Ah! bonne hôtesse! ah! chère vieille,
Pourquoi tant me gâter, pourquoi? »
Et la bonne vieille de dire,
Moitié larmes, moitié sourire:
« J'ai mon gars soldat comme toi! »