Lever de soleil

C. Erlanger

Ce n'est pas un nuage où le tonnerre dort,

C'est l'escadron du tzar de Moscou, du Terrible,

Qui jaillit, comme un vol de grains rompant le crible.

D'à travers les forêts du Nord!

Comme l'eider à l'aile avide

Franchit l'Océan hérissé,

La Force russe a traversé

La steppe impénétrable et vide,

Et voici qu'en l'illustre empire de Kasan,

Chez le féroce Khan, chez le Tatar athée,

Elle entre et dit: « C'est moi » sans qu'on l'ait invitée,

Boïard, Kosak et paysan.

Et l'horizon se rose à peine

Qu'elle égorge les Turcs épars,

Et sur les débris des remparts

Par la ville elle se promène,

Et lorsque, piétinant le carnage vermeil,

Les chevaux ont du sang jusques à la crinière,

Se lève sur la tour en l'or de sa bannière

Le jeune Tsar, comme un soleil!