Le Mendiant

C. Erlanger

Je connaissais un mendiant.

Sous le matin rose ou le midi jaune

Le vieux se traînait en psalmodiant

Et tendait la main à l'aumône.

Puis, ce qu'il reçut à l'ostière,

Il le partageait, quand le jour a fui,

Aux pauvres sans pain, aux gueux sans litière,

À des mendiants comme lui.

Tel est le poète ici-bas.

Il perdit la foi, le rêve, la flamme,

Comme un mendiant il est faible et las

Et quête pour nourrir son âme.

Mais, charité sans récompense,

Ce qu'il a reçu dans son morne ennui,

Avec tout son cœur, tendre, il le dispense

À des mendiants comme lui.