Néère

C. Koechlin

Mais, telle qu'à sa mort, pour la dernière fois,

Un beau cygne soupire, et de sa douce voix,

De sa voix qui bientôt lui doit être ravie,

Chante avant de mourir, ses adieux à la vie,

Ainsi, les yeux remplis de langueur et de mort

Pâle, elle ouvrit sa bouche en un dernier effort:

O vous, du Sébéthus: naïades vagabondes,

Coupez pour mon tombeau vos chevelures blondes:

Adieu, mon Clinias, moi, celle qui te plus,

Moi, celle qui t'aimais, tu ne me verras plus...

Ô cieux, ô terre, ô mer, près, montagnes, rivages,

Fleurs, bois mélodieux, vallons, grottes sauvages,

Rappelez-lui souvent, rappelez-lui toujours

Néère tout son bien, Néère ses amours,

Cette Néère, hélas, qu'il nommait sa Néère,

Qui pour lui criminelle, abandonna sa mère,

Qui pour lui fugitive, errant de lieux en lieux

Aux regards des humains n'osa lever les yeux

Oh! soit que l'astre pur des deux frères d'Hélène

Calme sous ton vaisseau la vague lonienne,

Soit qu'aux bords de Paestum, sous ta soigneuse main

Les roses deux fois l'an couronnent ton jardin,

Au coucher du soleil, si ton âme attendrie

Tombe en une muette et douce rêverie,

Alors, o Clinias, appelle, appelle-moi,

Je viendrai, Clinias, je volerai vers toi

Mon âme vagabonde à travers le feuillage

Frémira; sur les monts ou sur quelque nuage

Tu la verras descendre, ou du sein de la mer,

S'élevant comme un songe, étinceller dans l'air

Et ma voix toujours tendre et doucement plaintive,

Caresser, en fuyant ton oreille attentive...