Que m'importe

C. Morac

Je t'aime et les railleurs en ont ri bien des fois!

Mais comme un arbre mort suit le fleuve qui coule,

Je suivrai mon amour sans écouter leur voix...

-- Si tu m'aimes un peu, que m'importe la foule?

Je t'aime; on nous sépare, et j'en ai bien pleuré!

Mais je sais que ma peine est aussi ta souffrance,

Et tous deux nous comptons l'heure où je te verrai...

-- Si tu m'aimes toujours, que m'importe l'absence?

Je t'aime, et mon amour a su beaucoup souffrir,

Puis un autre viendra, vous me serez ravie;

Mais j'en souffrirai tant, que j'espère en mourir...

-- Si vous ne m'aimez plus, que m'importe la vie?

Je t'aime, -- et quand j'irai près de ceux qui sont morts,

M'endormir dans la nuit sans fin où tout retombe,

Qu'on jolle où l'on voudra los restes de mon corps...

-- Si vous n'y pleurez pas, que m'importe la tombe?