Les Ports

C. Pépin

Quand le désir ailé quitte ton âme lasse,

Et que rien ne l'émeut des univers connus,

Conduis-la vers les ports mystérieux qu'enlace

La palpitation muette des reflux.

Laisse-la accouder sa morne inquiétude

Sur les câbles rugueux et les lourds cabestans;

Là, comme elle amarrés et pleins de solitude,

Des vaisseaux rouleront sur leurs robustes flancs.

Qu'elle demeure, assise au bord de la mer ronde;

Quelle cherche, là-bas, l'immobile horizon

Tendu comme un fil bleu aux limites du monde

Pour qu'un désir nouveau lui cache sa prison.

Qu'elle boive le sel et l'odeur nostalgique

Du goudron frais séchant sur les planches des bords,

Et guette, entre l'eau noire et le soleil oblique,

Les retours empourprés des voiles dans les ports.