Air (J'ai revu nos amis)

Auber, Daniel-François-Esprit

J'ai revu nos amis. Tout s'apprête en silence

Pour seconder ma vengeance

Et pour combler tous mes voeux.

Est-il un destin plus heureux?

Je vois marcher sous ma bannières

Des braves qui me sont soumis;

J'ai pour sujets et tributaires

Des voyageurs de tous pays.

Aucun d'eux ne m'échappe,

Je leur commande en roi,

[Es les soldats du pape

Tremblent tous devant moi.]

On m'amène un banquier: -- De l'or! -- De l'or! -- De l'or!

Là c'est un grand seigneur: -- De l'or! -- De l'or! -- De l'or!

Là c'est un fournisseur: -- Que justice soit faite!

De l'or! de l'or! bien plus encore.

Là c'est un pauvre pèlerin:

-- «Je suis sans or, je suis sans pain!»

-- En voici, camarade, et poursuis ton chemin.

Là, c'est une jeune fillette!

Comme elle tremble, la pauvrette!

-- « Par charité, laissez moi, je vous prie!

« Ah! ah! ah! ah!

«Par charité, ne m'ôtez pas la vie!

« Ah! ah! ah! ah!

«Grâce, Monseigneur le brigand!

«Je ne suis qu'une pauvre enfant.»

Nous ne demandons rien aux belles

L'usage est de les épargner;

Mais toujours nous recevons d'elles

Ce que leur coeur vout nous donner.

Ah! quel plaisir et quel enchantement!

Le bel état que celui de brigand!

Mais, mais dans cet état charmant...

Il faut se hâter, le temps presse,

Il faut se hâter de jouir!

Le sort qui nous caresse

Demain pourra nous trahir.

Quand des périls de toute espèce

Semblent toujours nous menacer,

Et plaisirs et richesses,

Il faut gaîement tout dépenser.

Ah! le bel état!

Aussi puissant qu'un potentat,

Partout j'ai des droits,

Et moi-même je les perçois.

Je prends, j'enlève, je ravis

Et les femmes et les maris.

J'ai fait battre souvent leur coeur,

L'un d'amour, l'autre de frayeur.

L'un en tremblant dit: Monseigneur!

Et l'autre dit: Cher voleur! cher voleur!

Il faut se hâter, le temps presse,

etc.