Faim

D. Roger

Si j'ai du goût, ce n'est guère

Que pour la terre et les pierres.

Je déjeune toujours d'air,

De roc, de charbons, de fer.

Mes faims, tournez. Paissez, faims,

Le pré des sons.

Attirez le gai venin

Des liserons.

Mangez les cailloux qu'on brise,

Les vieilles pierres d'églises;

Les galets des vieux déluges,

Pains semés dans les vallées grises.

***

Le loup criait sous les feuilles

En crachant les belles plumes

De son repas de volailles:

Comme lui je me consume.

Les salades, les fruits

N'attendent que la cueillette;

Mais l'araignée de la haie

Ne mange que des violettes.

Que je dorme! que je bouille

Aux autels de Salomon.

Le bouillon court sur la rouille,

Et se mêle au Cédron.