Duo et quatuor
E. de Polignac
Ghiva et Wolfram:
Dans l'azur des lames,
Où la voile prend l'essor,
Tremblent mille étoiles d'or
Au choc rythmé des rames;
Vers les cieux en flammes,
Plus brillants qu'aux feux du jour,
Sur les ailes de l'amour
S'envolent nos âmes!
Rodolphe:
C'est elle la voilà!
C'est elle!
Loreley:
Prête l'oreille, Écoute-la!
Wolfram:
Viens que mon bras t'enchaîne,
De ton haleine enivre-moi
Comme le lierre au chêne
A ton amant enlace-toi.
Penche-toi comme un saule
Sur mon cœur amoureux
Et répands sur mon épaule
Le flot d'or de tes cheveux!
Rodolphe:
Ame ingrate et sans foi!
La perfide se rit de moi!
Elle écoute ses aveux!
Loreley:
Ecoute encore, je le veux!
Ghiva:
Viens! mon regard s'embrase
A la flamme de tes yeux,
Une divine extase
M'emporte vers les cieux!
Mon âme inassouvie
Et mon cœur inapaisé,
Je te les donne avec ma vie
Dans l'ardeur de mon baiser.
Wolfram:
Je m'embrase
A la flamme de tes yeux;
Ah! quelle extase
M'emporte au seuil des cieux!
Mon âme inassouvie
Et mon cœur inapaisé,
Je te les donne avec ma vie
Dans l'ardeur de mon baiser.
Rodolphe:
Ô rêve douloureux!
Sort cruel, tourment affreux!
Son cœur me trahit et m'oublie,
Mon bonheur s'est brisé.
Mon bon rêve d'amour,
Enfuis-toi sans retour!
Loreley:
Enfuis-toi sans retour!
Va, bannis sans retour ton indigne fatal amour.
Ghiva:
Nos amours, puissent-t 'ils durer toujours!
Wolfram:
Douce ivresse des amours,
Puisses-tu durer toujours!
Ghiva et Wolfram:
Dans l'azur des lames,
Où la voile prend l'essor,
Tremblent mille étoiles d'or
Au choc rythmé des rames;
Vers les cieux en flammes,
Plus brillants qu'aux feux du jour,
Sur les ailes de l'amour
S'envolent nos âmes.