Le chant du cygne

E. Frey

La poitrine en sang et l'aile traînante

Le cygne blessé qui ne peut guérir

S'arrache, dit-on à l'onde écumante

Et morne à l'écart s'en va pour mourir.

Alors, oh légende étrange et touchante,

A ce moment où son coeur va périr,

La voix se délie et ce muet chante:

Premier cri de vie et dernier soupir.

Tout chant immortel naît d'une souffrance

Et l'instant fatal c'est la délivrance,

Qui, nous dépouilliant, nous donne l'essor.

L'homme n'est vainqueur que lorsequ'il succombe,

Le réel berceau du coeur, c'est la tombe,

Notre vrai premier coup d'aile, la mort.