Au fond des halliers

E. Lalo

Au fond des halliers

Du grand bois qui bourgeonne,

Entends-tu les ramiers,

Ô ma mignonne?

Dans les chemins creux,

Leur chanson vagabonde

Semble la voix profonde

Des printemps amoureux.

Elle s'élève,

Tombe et renaît;

C'est comme un rêve

De la forêt.

Lente caresse

Aux sons voilés,

Son chant nous laisse

Ensorcelés.

Nos cœurs troublés

Par ces langueurs câlines

A coups doublés

Battent dans nos poitrines.

Tout le long du jour,

Sous les feuilles nouvelles,

Viens parlons d'amour

Au chant des tourterelles.

D'aimer et d'être aimé

Voici l'heure.

Contre mon cœur charmé,

Ah! demeure...

Mignonne, est-il rose qui fleure

Mieux que l'amour, l'amour au mois de mai?