Chant d'amour no. 1

E. Michotte

Laisse-moi respirer sur ces lèvres vermeilles

Ce souffle parfumé... Qu'ai-je fait? Tu t'éveilles:

L'azur voilé des cieux

Vient chercher doucement ta timide paupière;

Mais toi, ton doux regard, en voyant la lumière,

N'a cherché que mes yeux.

Ah! que nos longs regards se suivent, se prolongent,

Comme deux purs rayons l'un dans l'autre se plongent,

Et portent tour à tour

Dans le cœur l'un de l'autre une tremblante flamme,

Ce jour intérieur que donne seul à l'âme

Le regard de l'amour!

Jusqu'à ce qu'une larme aux bords de ta paupière,

De son nuage errant te cachant la lumière,

Vienne baigner tes yeux,

Comme on voit, au réveil d'une charmante aurore,

Les larmes du matin, qu'elle attire et colore,

L'ombrager dans les cieux.