Tout dort
E. Moret
Tout dort. La fleuve antique entre ses quais de pierre
Semble immobile. Au loin s'espacent des beffrois
Et sur la cité, monstre aux écailles de toits,
Le silence descend, doux comme la paupière.
Pour moi, je veille, l'âme éparse dans la nuit,
Je veille, cœur tendu vers des lèvres absentes,
Parmi la solitude aux brises caressantes
Et la lune à travers les arbres me conduit.
Le silence est profond, comme mystérieux,
La nuit porte l'amour endormi sous sa mante,
Et je n'entends plus rien dans la cité dormante
Que ton haleine frêle et douce, ô mon amante,
Qui fait trembler mon cœur large ouvert sous les cieux.
Tout dort. Oh! j'ai le cœur si plein de toi, si tu savais!