Réponse

E. Tinel

Oui! Sous le choc que nulle trace,

Que nul bruit n'avaient révélé,

Du vase fêlé, dans l'espace

Le pur parfum s'est envolé.

A présent, du bouquet inerte

Chaque jour emporte un débris!

Au fond de la coupe entr'ouverte

Pâlissent les rameaux flétris.

Mais sous la voûte féodale

L'arôme plus doux flotte encor,

Pénétrant les murs de la salle,

Les bahuts, les tentures d'or.

Et la châtelaine au front triste,

Les beaux pages, le fier seigneur,

Le prêtre saint, l'ardent artiste

Respirent sa vague senteur.

Sphinx de l'Art! quand ton œil noir blesse

L'enfant qu'enivre ta beauté,

De son cœur brisé de tendresse

Comme un parfum lent est monté.

Le cœur agonise à la peine;

Le vase sans bruit s'est fendu,

Mais par l'atmosphère sereine

Un flot d'encens s'est répandu.

L'époux, la vierge recueillie,

L'éphèbe au luth paré de fleurs,

Se disent: O mélancolie,

Quel baume répandent tes pleurs!

Mélancolie! encens de l'âme,

Qui succombe pour trop aimer,

Du cœur n'es-tu pas le dictame?

Il se brise pour embaumer.