A votre âge
F. Berwald
A votre âge, souvent on ignore, Julie,
d'un lien fortuné la douceur infinie;
mais un jour vous saurez quel tourment est le cour,
quand un vrai sentiment n'en fait pas le bonheur;
lorsque sur cette terre on se sent délaissée,
qu'on n'est d'aucun objet la première pensée;
lorsque l'on peut pleurer, sans que sur nos malheurs
jamais aucun mortel puisse verser des pleurs.
On se désintéresse à la fin de soi-même,
on cesse de s'aimer, si quelqu'un ne nous aime;
et d'insipides jours l'un sur l'autre entassés,
s'écoulent lentement et sont vite éffacés.