Mort saisit sans exception

F. Martin

Je connais que pauvres et riches,

Sages et fols, prêtres et lais,

Nobles, vilains, larges et chiches,

Petits et grands, et beaux et laids,

Dames à rebrassés collets,

De quelconque conditions,

Portants atours et bourrelets

Mort saisit sans exception.

Et meurent Pâris et Hélène.

Quiconque meurt, meurt à douleur

Telle qu'il perd vent et halène.

Son fiel se crève sur son cœur.

Et sue, Dieu sait quelle sueur.

Et n'est qui de ses maux l'allège,

Car enfant n'a frère ne sœur,

Qui lors voulait être son pleige.

La Mort le fait frémir, pâlir,

Le nez courbé, les veines tendres,

Le col enflet, la chair mollie,

Jointes et nerfs croître et étendre.

Corps féminin qui tant es tendre,

Poli, souef, si précieux,

Te faudra-t-il ces maux attendre?

Oui, ou tout vif aller ès cieux.