D'un mille-pattes amoureux

F. Schmitt

Lorsque le mille-pattes eut mis son pantalon

Il choisit deux cravates

Et parut au salon

Mille pattes tu délires aux musiques de nos lyres

Deux cravates, c'est beaucoup,

Eût on cinq fois deux cents pattes;

Deux cravates c'est beaucoup

Quand on n'a pas plus d'un cou.

C'est beaucoup quand on a pas plus d'un cou!

On rit, on l'interpelle;

Deux cravates, pourquoi?

Mais songeant à sa belle,

Il voulait rester coi.

C'est un trop voyant mystère

On lui défend de sa taire.

Hélas,

L'une avait su lui plaire, dit-il, et je lui plu.

Mon infortune est clair; l'amour a fui.

Elle ne m'aime plus.

Faut-il noyer pour ses charmes

Deux cravates dans les larmes?

Deux cravates, c'est beaucoup trop

Et caetera, et caetera

A mon col j'ai mis l'une,

Mais l'autre est dans ma main

Ma belle ni la lune

Ne me verront demain

La lune ignore la peine

Dont vous avez l'âme en peine.

Deux cravates c'est beaucoup pour un seul cou

Tissu que je vais tendre,

Mon sort est assez long

Sers, cravate, à me pendre

Au lustre du salon.

Il expire et se balance

Sur les gouffres du silence.

Deux cravates c'est beaucoup

Eût on deux fois deux cinq cents pattes;

Pour l'amour, c'est beaucoup

Et pour l'amour vraiment, c'est beaucoup,

C'est beaucoup de se serrer trop le cou.