Vendanges de 1914
G. Antoine
A Carol-Bérard.
France, mon amant est là-bas. — Voici les
grands premiers soirs d'ambre. Comme ils sont
maîtres de l'été! Rayons obliques de Septembre,
pluie oblique, horizons fouettés et tout orageux
de combats, où chantent nos soldats joyeux! et
mon amant chante avec eux. — Et Septembre,
en signe d'adieux, agite vers lui tous ses
pampres...
Les canons tonnent sur mon cœur. Les canons
sont les vendangeurs. Je vous boirai. Vin des
Vengeurs! Oh! oui, cette année, les vendanges
se piétineront dans le sang. Jamais encore, au
goût de France, nous n'aurons bu de vin plus
franc, plus rouge, ayant tant de saveur. M'eni-
vrerai-je de ce vin? — Cela dépend; si tu
reviens.
Si tu reviens, ô mon amant! alors je viderai
la coupe de joie que tu m'auras remplie. Hélas!
mais s'il faut seulement boire à ton souvenir:
l'envie de ta gloire m'emportant toute, — au
dernier rayon de Fêté, sur la pâleur ensanglan-
tée, j'irai, folle et plus pâle encore, hurler
rivresse de la mort!