Au temps de la mort des marjolaines

G. Dupont

Au temps de la mort des marjolaines,

Alors que bourdonne ton léger

Rouet, tu me fais, les soirs, songer

A tes aïeules les châtelaines.

Tes doigts sont fluets comme les leurs

Qui dévidaient les fuseaux fragiles.

Que files-tu, soeur, en ces vigiles,

Où tu chantes d'heurs et de malheurs?

Seraient-ce des linceuls pour tes rêves

D'amour, morts en la saison des pleurs

D'avoir vu mourir toutes les fleurs

Qui parfumèrent les heures brèves?

Oh! le geste fatal de tes mains

Pâles, quand je parle de ces choses,

De tes mains qui bénirent les roses

En nos jours d'amour sans lendemains!

C'est le vent d'automne dans l'allée,

Soeur, écoute, et la chute sur l'eau

Des feuilles du saule et du bouleau,

Et c'est le givre dans la vallée.

Dénoue - il est l'heure - tes cheveux

Plus blonds que le chanvre que tu files;

L'ombre où se tendent nos mains débiles

Est propice au murmure des voeux.

Et viens, pareille à ces châtelaines

Dolentes à qui tu fais songer,

Dans le silence où meurt ton léger

Rouet, ô ma soeur des marjolaines!