Le désert

G. Enescu

Je rêve le front lourd et les yeux las, devant

Les ondulations de ces dunes stériles,

Mer fauve, mer ardente aux vagues immobiles,

Sur qui tombe le poids d'un soleil étouffant;

Et je me sens si loin de tout être vivant,

Et du bruit fraternel des hommes et des villes,

Si loin des ruisseaux clairs, des champs, des fleurs fragiles,

Et des feuillages frais où murmure le vent,

Que je me crois perdu dans une autre planète

Où, sans que rien se meuve et sans que rien végète,

Seul flambe tristement le monde minéral;

Et que cet infini de lumière et de sable,

Cette absence de vie à la mienne semblable,

Cette immensité jaune et morte me fait mal.