Le passant

G. Hüe

Ma belle cousine, je pars en voyage

Et je passe près de votre maison;

Je m'en vais à Rouen et puis au Havre

Si le temps est bon.

Le soleil se lève sur la grand'route

Et le matin descend dans le vallon;

Mais vous dormez encor sans doute,

Votre blanc bonnet sur vos cheveux blonds.

Dormez: la bise pique comme en hiver

Et je ne veux pas vous éveiller si tôt

Pour trinquer au son clair des verres

En buvant trois doigts de bon vieux bordeaux.

Je m'en vais voir la ville aux vingt églises

Dont les mille clochetons grêles

Effilent leur dentelle de pierre grise

Dans le ciel parmi les tours et les tourelles.

Mais vous, dormez: le soir au retour j'entrerai

Si je vois de la lumière aux fenêtres

Causer un peu, cousine, et vous me sourirez

Peut-être...