Silence et nuit des bois

G. Kéfer

Il est plus d'un silence, il est plus d'une nuit,

Car chaque solitude a son propre mystère:

Les bois ont donc aussi leur façon de se taire

Et d'être obscurs aux yeux que le rêve y conduit.

On sent dans leur silence errer l'âme du bruit,

Et dans leur nuit filtrer des sables de lumière.

Leur mystère est vivant: chaque homme à sa manière

Selon ses souvenirs l'éprouve et le traduit.

La nuit des bois fait naître une aube de pensées;

Et, favorable au vol des strophes cadencées,

Leur silence est ailé comme un oiseau qui dort.

Et le coeur dans les bois se donne sans effort:

Leur nuit rend plus profonds les regards qu'on y lance,

Et les aveux d'amour se font de leur silence.