La Barque

G. Samazeuilh

J'ai rempli jusqu'au bord de la poupe à la proue,

Des fleurs que tu cueillis en venant vers la rive,

Ma barque, et le blanc lys et la rose pensive

Se regardent fleurir dans l'onde, joue à joue.

Entre. Pose ton pied; assieds-toi là, dénoue

La sandale du cuir qui blesse ta chair vive

Et, comme un souvenir de la terre furtive

Écoute les graviers que ton talon secoue.

Amour! tu t'es assis dans ma barque embaumée

Qui, sur les lents remous où rôde l'eau charmée,

Porte en elle, à la fois immobile et mouvante,

L'odeur du double Été qui nous isole en lui,

Sans savoir si la rive où le fleuve serpente

S'étire pour l'aurore ou s'étend pour la nuit.