Songe d'une nuit d'été
H. Breitenstein
La nuit d'hier était pâle comme une femme;
Les étoiles brillaient comme des yeux aimants,
Et leurs yeux enflammés incendaient mon âme;
La lune me couvrait de ses enchantements.
La vallée était claire, immense, pacifique;
Un vent soufflait, pareil au vent de mes désirs,
Et je croyais errer dans un jardin magique,
Où les arbres tremblaient et jetaient des soupirs.
La nuit te ressemblait hier, ma bien-aimée;
Ce ciel, c'était mon rêve illuminé par toi;
Toutes ces fleurs, avec leur âme parfumée,
Me semblaient tes baisers qui se tendaient vers moi.
Amour, amour, amour, oh! par quel magie
Nous fais-tu donc parfois vivre de ces moments,
Où jaillissent soudain de notre âme élargie,
Avec tant de désirs, tant de rayonnements;
Où mon cœur semble battre avec le cœur du monde,
Et, comme lui, vibrer et palpiter si fort,
Qu'exalté par la vie intense qui l'inonde,
Ivre d'un si grand rêve, il ne craint plus la mort;
Où, néant traversé d'une clarté divine,
Je sens que la chaleur de tous ces cieux d'été
Est cette même ardeur qui brûle en ma poitrine,
Et me donne l'orgueil d'un songe illimité,
D'un songe où ta beauté trône comme une reine,
Chassant toute ombre en moi de son éclat vainqueur,
Ta beauté calme, heureuse, adorable, sereine,
O pâle bien-aimée, ô lune de mon cœur?