Au clos de notre amour
H. Gagnebin
Au clos de notre amour, l'été se continue:
Un paon d'or, là-bas, traverse une avenue;
Des pétales pavoisent
-- Perles, émeraudes, turquoises --
L'uniforme sommeil des gazons verts;
Nos étangs bleus luisent, couverts
Du baiser blanc des nénuphars de neige;
Aux quinconces, nos groseilliers font des cortèges;
Un insecte de prisme irrite un cœur de fleur;
De merveilleux sous-bois se jaspent de lueurs;
Et, comme des bulles légères, mille abeilles
Sur des grappes d'argent, vibrent, au long des treilles.
L'air est si beau qu'il paraît chatoyant;
Sous les midis profonds et radiants,
On dirait qu'il remue en roses de lumière;
Tandis qu'au loin, les routes coutumières,
Telles de lents gestes qui s'allongent vermeils,
À l'horizon nacré, montent vers le soleil.
Certes, la robe en diamants du bel été
Ne vêt aucun jardin d'aussi pure clarté;
Et c'est la joie unique éclose en nos deux âmes,
Qui reconnaît sa vie en ces bouquets de flammes.