La Chanson du Marin
H. Puig-Roget
J'aimais la mère, j'aimais la fille.
On est marin, on part longtemps.
J'aimais la mère en partant;
en revenant, j'aimais la fille.
Et voilà-t-y bien des affaires!
Qui donc me regarde en souriant?
J'suis parti triste, je r'viens content.
La mère est morte, la fille est mère.
On est marin, on part longtemps.
Et, tenez, déjà, faut que j'file. —
« Hé, la ftille! prépare-moi ta fille!
Je r'viendrai la prendre dans quinze ans. »
Faut-y parc' que j 'vieillis en mer
et qu'ça lui plaît d'mourir là-bas,
que j'la r 'trouve plus,
fraîche et rosette,
quand mon souvenir ne vieillit pas?
En voilà-t-y bien des affaires!
Qui donc me regarde en souriant?
Que qu'ça vous fait, si j'm'en vais triste,
que j'veuille un peu revenir content?