Lune magique

J. Absil

Dès que plus un bruit

N'éveille la nuit,

Que l'astre au ciel luit,

Changeant,

Et que, par l'allée

De brume voilée,

La mousse est criblée

D'argent,

Sous les clartés blanches,

Ecartant les branches,

Svelte et de pervenches

Coiffée,

Frôlant les forêts

De son pas discret,

"Voici qu'apparaît

La Fée...

Dans le clair-obscur

Un blond rayon sur

Sa robe d'azur

Se rit,

El caresse et moire

Son beau corps d'ivoire

Dont la jeune gloire

Fleurit.

Derrière s'élance,

Eclos du silence,

Ce que sa puissance

Protège,

Nains, sylphes, qui font

Par vol et par bond

Comme un vagabond

Cortège.

Mais la Fée a vu

Briller -- épandu

Sous le bras tordu

Qu'étend,

Protecteur, un chêne --

Ridé par l'haleine

De l'ombre sereine,

L'étang.

Comme s'y déploie

Le ciel qui chatoie,

Elle effleure, en joie,

L'eau brune,

Et de ses doigts blancs

Cueille, à gestes lents,

Des reflets tremblants

De lune...