Le rocher qui pleure
J. Bouval
Un nuage dormait sur le sein d'un rocher.
Le soir, il avait pris sa poitrine pour gîte;
Le vent en fut jaloux et vint l'en arracher.
« Adieu, dit le nuage, il faut que je te quitte,
J'aurais voulu pourtant demeurer près de toi,
Mais nul de son destin ici-bas n'est le maître!
Adieu, mon bon rocher, pense souvent à moi,
Qui ne repasserai jamais ici, peut-être... »
Sans sourire et sans pleurs, jusque-là dans les cieux
L'égoïste géant levait son crâne aride:
Mais, de ce jour, on vit sous son front soucieux
Une larme briller dans le creux d'une ride.