Chant des nymfes de la Seine

J. Chardavoine

Comme la corne argentine

De la lune en son croissant

Belle et disposte chemine

Sous le voyle brunissant

Parmy la gemmeuse presse

Des autres feus qu'elle suit

Ainsi la grace reluist

Des beautez de ma Princesse.

Ce ne sont que fleurs escloses

Sur son jeune et tendre sein:

Ses levres ne sont que roses

Qu'yvoire sa blanche main:

Ses dents petites perlettes,

Ses yeux deux astres jumeaux

Ou mille et mille amoureaux

Trempent de miel leurs sagettes.

C'est une douceur benigne

Son ris et sa bouche aussi,

C'est une voute ebenine

Le croissant de son sourcy

Elle retient de son pere

Le port et la majesté.

Les vertus et la bonté

Et les graces de sa mere.

Et comme la branche tendre

Qui prend racine du bas

Du laurier se veut estendre

Et croistre ses petits bras

Et rien que le ciel n'aspire

Monstrant son sein verdoyant

Et son beau corps ondoyant

Au doux souspirs de Zephire:

Ou comme la grace belle

D'un bouton à demy cloz

Monstre sa robbe nouvelle

Et son pourpre au fond encloz

Ne luy restans que atente

Des rayons d'un beau soleil

Pour espandre le vermeil

De sa beauté rougisante.

Tout ainsi vient en croissance

Ceste vierge, qui de soy

Ja porte assez d'asseurance

Qu'elle est fille d'un grand Roy

Sans plus reste une rosee

Ou quelque douce chaleur

Pour faire espanir la fleur

De sa jeunesse espousee.

Je voy le Soleil qui lance

Desja ses raids dans les eaux,

Je voy la nuict qui s'advance

D'allumer ses clairs flambeaux,

Je la voy qu'elle s'appreste

De faire luire le feu

Du vespre qui peu à peu

Ja nous descouvre sa teste.

Je voy desja la nuict sombre

Qui sur la terre s'espand,

Je voy l'espais de son ombre

Qui par l'air ja par l'air:

Vien donc l'heure est opportune,

O nuict, et si tu reçois

Les doux accens de ma voix

Monstre nous ta face brune.

Or sus la nuict est ja close

L'avant coureur est au ciel

Sur ceste bouche desclose

Il vous faut cueiller le miel:

Il vous fault doucement joindre

A ce tetin nouvelet

Comme un bouton verdelet

Qui ne fait ores que poindre.

Comme la branche tortisse

De la vigne aux verds rameaux

Se pend, se colle, et se plisse

Aux bras des jeunes ormeaux

Ou comme alors que fleuronne

La terre aux raids d'un beau jour

Les pigeons se font l'amour

De leur bouchette mignonne:

Ainsi l'estoile qui guide

Les petits amours dorez

Avec hymen qui preside

A ces festins honorez

Vous appelle et vous convie

Tous deux au col vous saisir

Pour favourer le plaisir

Le plus doux de nostre vie.

Sus donc avant que l'on sorte

Pages ostez la clarté

Nymphes qu'on serre la porte

Or sus c'est assez chanté

Prenez la ceincture belle

Que vous pourrez sur le flanc

Et serrez l'ivoyre blanc

De ceste espouse nouvelle.

Vostre ceincture ou les graces

Sont empraintes à l'entour

Et les plaisantes fallaces

Du cruel enfant Amour:

Vostre ceincture où sont mises

Les amorces et les traits

Et les amoureux attraits

De cent et cent mignardises.

La boucle est d'or estoffee

De fleches et d'un carquoys

Et l'entour est d'un trophee

Lacé de deux arcs Turquois

Les bouts sont faits d'une poincte

Qui porte un nouveau croissant

D'un lierre verdissant

Autour de ses flancs estrainte.

Atant les Nimpes sacrees

Les Nimphettes aux yeux verds

De leurs bouchettes succrees

Au lict chanterent ces vers

Prenans la boucle fatalle

De leur belle et blanche main

La bouclerent soubs le sein

De ceste Nymphe Royalle.

Couple d'Amans amiable

Que puissiez vous sans ennuys

D'une amitié perdurable

Passer les jours et les nuits

Sans que jamais ny l'envie

Ny le soing ny le couroux

Rouille ses yeux dessus vous

Pour tourmenter vostre vie.

Dieux faictes que de leur race

Puisse naistre un enfant beau

Au front qui porte la grace

Du pere dès le berceau

Et qui de beauté ressamble

A la mere, et de pouvoir

A ce roy qui s'est faict voir

Esgal à vous tous ensemble.