Je cherche vos desseins, ô Maître

J. de la Presle

Je cherche vos desseins, ô Maître, avec angoisse,

Me demandant toujours où vous me conduisez,

Pareil à ce feuillage errant que le vent froisse.

Ah! qu'ils sont, par moments, terribles, vos baisers!

Pour me posséder mieux, dans votre jalousie,

Tous mes appuis anciens vous les avez brisés...

Moi qui me nourrissais de libre fantaisie,

J'ai traversé l'épreuve, ainsi qu'un âpre hiver,

Où s'est glacée en moi même la poésie,

Quels supplices nouveaux trouverez-vous, quel fer

Déchirera demain mon âme qui tressaille,

Ô tyrannique Amour, dont les soins coûtent cher!

Vous ne pouvez pourtant me faire à votre taille.

Vous le grand Bafoué, le divin Méconnu:

Et cependant voyez, comme vous, on me raille!...

Plus d'un m'avait aimé, qui n'est pas revenu;

Les sages, inquiets, de côté me regardent:

Mon coeur est insulté quand je le mets à nu.

Et seul je crois encore à vos desseins, qui tardent.