Prologue

J. Stephenson

« Jadis, si je me souviens bien, ma vie était un festin où s'ouvraient

tous les cœurs, où tous les vins coulaient.

Un soir, j'ai assis la Beauté sur mes genoux.--Et je l'ai trouvée

amère.--Et je l'ai injuriée.

Je me suis armé contre la justice.

Je me suis enfui. Ô sorcières, ô misère, ô haine, c'est à vous que mon

trésor a été confié!

Je parvins à faire s'évanouir dans mon esprit toute l'espérance

humaine. Sur toute joie pour l'étrangler j'ai fait le bond sourd de la

bête féroce.

J'ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs

fusils. J'ai appelé les fléaux, pour m'étouffer avec le sable, le sang.

Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis

séché à l'air du crime. Et j'ai joué de bons tours à la folie.

Et le printemps m'a apporté l'affreux rire de l'idiot.

Or, tout dernièrement m'étant trouvé sur le point de faire le dernier

couac!,

j'ai songé à rechercher le clef du festin ancien, où je

reprendrais peut-être appétit.

La charité est cette clef.--Cette inspiration prouve que j'ai rêvé!

« Tu resteras hyène, etc..., » se récrie le démon qui me couronna de si

aimables pavots. « Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoïsme

et tous les péchés capitaux. »

Ah! j'en ai trop pris:--Mais, cher Satan, je vous en conjure, une

prunelle moins irritée! et en attendant les quelques petites lâchetés

en retard, vous qui aimez dans l'écrivain l'absence des facultés

descriptives ou instructives, je vous détache ces quelques hideux

feuillets de mon carnet de damné.