Ma petite colombelle (Ode à Cassandre)
J. Tiersot
Ma petite colombelle,
Ma mignonne toute belle,
Mon petit œil, baisez-moi
D'un bouche toute pleine
De baisers chassez la peine
De mon amoureux esmoy.
Quand je vous dirai: Mignonne,
Approchez vous, qu'on me donne
Neuf baisers tout simplement
Lors, ne m'en baillez que trois,
Telz que Diane guerriere
Les donne à Phébus son frère,
Et l'Aurore à son vieillard;
Puis reculez vostre bouche
Et bien loing, toute farouche,
Fuyez d'un pied fretillard.
Comme un taureau par la prée
Court après son amourée,
Ainsi tout plein de courroux
Je courray fol apres vous,
Et, prise d'une main forte,
Vous tiendray de telle sorte
Qu'un aigle l'oiseau tremblant.
Lors, faisant de la modeste,
De me redonner le reste
Des baisers ferez semblant.
Mais en vain serez pendant
Toute à mon col, attendante
(Tenant un peu l'œil baissé)
Pardon de m'avoit laissé:
Car, en lieu de six, adonques
J'en demanderay plus qu'onques
Tout le ciel d'estoiles n'eut,
Plus que d'arene poussée
Aux bords, quand l'eau courroussée
Contre les rives s'esmeut.