L'aurore
J. Weckerlin
Jeune déesse au front vermeil,
Que l'Orient révère,
Aurore, fille du soleil,
Qui nais devant ton père,
Viens soudain me rendre le jour,
Pour voir l'objet de mon amour.
Ah! je te vois, douce clarté,
Tu sois la bienvenue,
Je te vois, céleste beauté,
Paraître sur la nue,
Et ton étoile en arrivant
Blanchit les coteaux du Levant.
Le papillon, l'abeille suit
D'une aile trémoussante,
Et voyant le soleil qui luit
Vole de plante en plante
Pour les avertir que le jour
En ce climat est de retour.
Dans nos jardins ore embellis
De mainte rare chose,
Il porte de la part du lys
Un baiser à la rose,
Et semble en messager discret
Lui dire un amoureux secret.
Au même temps il semble voir
Qu'en éveillant ses charmes,
Cette beauté lui fait savoir,
Le teint baigné de larmes,
Quel ennui la va consumant
D'être si loin de son amant.
Reine des fleurs, apaise-toi,
Voici venir Sylvie,
Qui t'apporte en elle de quoi
Contenter ton envie,
Car sa main de lys a dessein
De te loger en son beau sein.