Les trois Bourguignons
J. Weckerlin
J'ai rencontré trois Bourguignons!
Ils portaient écrit sur la trogne
Qu'ils avaient noyé leurs guignons
Dans un tonneau de vieux bourgogne,
Rempli de vieux bourgogne.
J'ai rencontré trois Bourguignons!
Ils étaient rouges comme braise,
C'étaient trois crânes compagnons,
Qui chantaient et se pâmaient d'aise,
Et qui se pâmaient d'aise.
J'ai rencontré trois Bourguignons!
Passaient par là trois compagnonnes
Avec des fleurs dans leur chignons;
C'étaient trois belles Bourguignonnes,
Trois belles Bourguignonnes,
Et c'étaient trois beaux Bourguignons!
Où donc allez-vous sans carrosse,
Bonnets blancs et souliers mignons?
« Nous nous en allons à la noce,
Nous allons à la noce. »
Vraiment, firent les Bourguignons!
Eh bien! alors dansons, les belles,
Sans musique et sans lumignons,
La lune vaut bien les chandelles,
Elle vaut les chandelles,
Et en avant les Bourguignons!
Les trois gars n'étaient pas, morguenne!
Venus pour planter des oignons,
Ils avaient si bonne dégaine,
Oui si bonne dégaine
En dansant tous ces Bourguignons!
Les amours, au clair de la lune,
Poussent comme des champignons,
Chacun embrasse sa chacune,
Embrasse sa chacune,
Comme embrassent les Bourguignons!
Eve a mordu plus d'une pomme,
Nous en raniassons les trognons;
Ils étaient six et voilà comme,
Oui vraiment voilà comme,
Le total fut neuf Bourguignons!