La Fée Urgande

J. Weckerlin

Enfants, il était une fois

Une fée appelée Urgande;

Grande à peine de quatre doigts,

Mais de bonté vraiment bien grande.

De sa baguette un ou deux coups

Donnaient félicité parfaite.

Ah! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette!

Dans une conque de saphir,

De huit papillons attelée,

Elle passait comme un zéphir,

Et la terre étoit consolée.

Les raisins mûrissaient plus doux;

Chaque moisson était complète.

Ah! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette!

C'était la marraine d'un roi

Dont elle créait les ministres;

Braves gens, soumis à la loi,

Qui laissaient voir dans leurs registres.

Du bercail ils chassaient les loups

Sans abuser de la houlette.

Ah! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette!

Les juges, sous ce roi puissant,

Étaient l'organe de la fée;

Et par eux jamais l'innocent

Ne voyait sa plainte étouffée.

Jamais pour l'erreur à genoux

La clémence n'était muette.

Ah! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette!

Pour que son filleul fût béni,

Elle avait touché sa couronne;

Il voyait tout son peuple uni,

Prêt à mourir pour sa personne.

S'il venait des voisins jaloux,

On les forçait à la retraite.

Ah! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette!

Dans un beau palais de cristal,

Hélas! Urgande est retirée.

En Amérique tout va mal;

Au plus fort l'Asie est livrée.

Nous éprouvons un sort plus doux;

Mais pourtant si bien qu'on nous traite,

Ah! bonne fée, enseignez-nous

Où vous cachez votre baguette!