Le port

K. Beffa

Un port est un séjour charmant

pour une âme fatiguée des luttes de la vie.

L'ampleur du ciel, l'architecture mobile des nuages,

les colorations changeantes de la mer,

le scintillement des phares, sont un prisme merveilleusement

propre à amuser les yeux sans jamais les lasser.

Les formes élancées des navires,

au gréement compliqué, auxquels la houle imprime

des oscillations harmonieuses,

servent à entretenir dans l'âme le goût

du rythme et de la beauté. Et puis, surtout,

il y a une sorte de plaisir mystérieux

et aristocratique pour celui qui n'a plus

ni curiosité ni ambition, à contempler,

couché dans le belvédère ou accoudé sur le môle,

tous ces mouvements de ceux qui partent

et de ceux qui reviennent, de ceux qui ont encore

la force de vouloir, le désir de voyager ou de s'enrichir.